Par Daniel Goldberg, député de Seine-Saint-Denis, auteur de « Ici, le futur a commencé » (Ed Tallandier – 2012), et Stéphane Troussel, 1er vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis et conseiller municipal de La Courneuve
« Racaille », « kärcher », ces mots resteront comme symboliques de la considération de Nicolas Sarkozy pour les quartiers populaires. Deux élus de Seine-Saint-Denis – Daniel Goldberg et Stéphane Troussel appellent la gauche à reprendre les choses en mains.
Dans deux mois,la France aura choisi son nouveau président dela République. Si la campagne délibérément violente et agressive du candidat sortant ne doit pas surprendre, le glissement assumé vers les limites extrêmes de la droite est en revanche dangereux à plus d’un titre.
En faisant une nouvelle fois l’amalgame entre les citoyens français musulmans, une immigration qui serait par nature incontrôlée et la fragilisation de notre pacte national, en dénonçant les corps intermédiaires accusés de « confisquer » la parole des Français, Nicolas Sarkozy peut toujours espérer un sursaut électoral. Mais il aura porté un nouveau coup à celles et à ceux qui vivent dans nos quartiers populaires et qui, quels que soient leurs origines ou leurs parcours, sont toujours vus comme étant à la marge de notre pays alors qu’ils exigent simplement l’Égalité.
La stigmatisation comme mode d’expression
Depuis le temps où il était ministre de l’Intérieur, la stigmatisation des banlieues et de leurs habitants n’a rien perdu de sa violence. Au contraire, celle-ci est devenue un mode d’expression, à tel point que son successeur Claude Guéant veut sans doute se montrer plus qu’un disciple. À La Courneuve, personne n’a oublié l’exploitation par le ministre d’alors de la mort d’un en enfant en 2005 dans le seul but de mieux se positionner pour la suite de son parcours.
Aujourd’hui, les excès constants du quinquennat finissant achèvent de banaliser ces discours. Et, par conséquent, de renforcer le discrédit dont souffre la politique dans les quartiers populaires, cette idée d’un « eux » et d’un « nous » qui vient saper les bases de la cohésion nationale.
C’est d’autant plus vrai que le manque d’engagements financiers hors des rénovations du bâti, mais surtout l’absence de reconnaissance du solde positif que ces villes apportent dès aujourd’hui au développement du pays, n’auront engendré que désillusions et, au final, frustrations.
Alors que la participation à l’élection présidentielle de 2007 avait été forte dans les quartiers populaires, elle n’a cessé de régresser depuis, y compris lors des primaires socialistes. Et les inscriptions sur les listes électorales y ont été moins massives fin 2011.
Pour la France, c’est dans les quartiers populaires que tout se joue
C’est pourquoi, dans sa rencontre avecla France, François Hollande a un rendez-vous particulier avec les habitants des quartiers populaires. D’abord parce que leur vote n’est acquis par principe à personne. Pour gagner, pour réussir et transformer durablement notre société,la Gauchea l’obligation de redonner confiance et espoir à tous ceux – jeunes et moins jeunes, salariés, commerçants, chômeurs et retraités – qui ici doutent et s’interrogent sur la politique. Non par seul souci électoral à court terme, mais comme levier de transformation et de redressement durables de l’ensemble de notre pays.
La ségrégation continue de marquer nos quartiers au fer rouge et enferre leurs populations dans un statut de non reconnaissance, au mépris des multiples compétences qu’ils recèlent. Les développements économiques exogènes que l’on y rencontre parfois avec de grandes entreprises qui s’installent sans aucun recrutement local en sont un bon exemple. Or, nos territoires détiennent les clefs de notre destin collectif. Pourla France, c’est dans ces villes, c’est dans un département commela Seine-Saint-Denis que tout se joue !
La Gauche doit réussir
Personne ne peut ignorer les représentations négatives qui s’attachent à nos villes et les difficultés bien réelles qui s’éternisent, du chômage de masse à l’insécurité, de la crise du logement à un plus grand échec scolaire, … C’est donc justement ici en priorité quela Gauchedoit montrer qu’elle peut, qu’elle doit réussir. Que la promesse d’égalité de notre République a toujours un sens. Que nous pouvons encore faire société commune, quelles que soient nos différences d’origine, de milieux sociaux, de couleur de peau ou de religion.
Sur cette terre-vivier, les initiatives, les innovations fleurissent et contribuent, jour après jour, à faire bouger les lignes. Des pratiques alternatives émergent, différents acteurs se mobilisent, des solutions nouvelles sont élaborées entre les pouvoirs et les citoyens. Le dynamisme démographique qui fait tant défaut dans un pays qui vieillit, les espaces disponibles pour accueillir des villes intenses et durables, le métissage des populations qui sera la norme de demain, la créativité, l’inventivité : telle est déjà la réalité de ce territoire, dontla Francene peut tout simplement se priver sous peine de régresser.
Aujourd’hui déjà, le quotidien de nos quartiers a des conséquences évidentes et immédiates sur la nation tout entière : quand les trains sont bloqués en Seine-Saint-Denis, c’estla Défensequi se paralyse !
C’est donc ici que la Gauche sera en premier lieu jugée sur sa capacité à recoudre les fissures de la société française et à résoudre ses contradictions. Nos quartiers populaires, leurs habitants ne sont pas un fardeau. Ils sont au contraire le moyen pourla France de repartir de l’avant, avec un modèle social renouvelé, une France qui pourra enfin s’assumer telle qu’elle est en réalité, diverse, mais unie autour de nos valeurs communes.
Avec François Hollande, nous voulons donner corps à cette conviction. C’est une des clefs de la victoire du printemps prochain. C’est avant tout le moyen pour redresser et rassemblerla Francedans un siècle qu’elle ne finit pas de commencer.
[1] D. Goldberg et S. Troussel « L’Exploitation sarkozienne du drame des 4000″ – Libération, 23 juin 2005



























