Police municipale

MA POSITION SUR LA POLICE MUNICIPALE (par Elisabeth Guigou)

24 juin 2010

J’ai voulu laisser du temps au temps avant de donner mon point de vue sur la police municipale.

Aurélie Fouquet, 26 ans, est décédée après une fusillade meurtrière jeudi 20 mai 2010 à Villiers-sur-Marne. Cette jeune policière municipale, qui pensait avoir affaire à un banal contrôle routier et n’avait pu être informée par la police nationale, était armée d’un revolver de calibre 38. Elle a tenté de répliquer aux rafales d’armes automatiques des gangsters avant d’être mortellement touchée à la tête.

A Noisy-le-Sec, la municipalité a manifesté son émotion et rendu hommage à Aurélie Fouquet, lâchement assassinée dans l’exercice de ses fonctions. Rien, bien sûr, ne pourra adoucir la douleur de ses proches, rien ne pourra rendre sa maman à son enfant de 14 mois. La municipalité a aussi exprimé sa solidarité avec l’ensemble des agents de police municipale durement affectés par la mort de leur collègue.

En ces moments difficiles, il faut se garder d’exploiter les émotions. Un débat de fond est légitime et nécessaire sur les missions des agents des polices municipales. Mais certains ont instrumentalisé ce drame : le Ministre de l’Intérieur a publié immédiatement un décret autorisant l’usage des pistolets à impulsions électriques, les Taser, par les policiers municipaux. Une décision que je réprouve. Lors de la fusillade survenue à Villiers-sur-Marne, les policiers municipaux étaient armés. Armée d’un Taser, la jeune policière aurait-elle pu répliquer face à un gangster équipé d’une kalachnikov ? Richard Duhaut, un des représentants du Syndicat national des policiers municipaux a apporté la réponse : « cette arme n’aurait pas sauvé Aurélie Fouquet lors de la fusillade »… Bien que les policiers municipaux n’aient reçu ni la même formation ni les mêmes moyens que les fonctionnaires de la police nationale, ils sont tout de même intervenus comme la police nationale. Tous les ingrédients étaient réunis pour que survienne un drame.

La confusion des genres entre police nationale et police municipale ne peut que favoriser à la réplique de tels drames.

Il faut donc absolument clarifier les missions de la police municipale.

Il appartient à l’Etat d’assurer la sécurité des personnes et des biens. Or le désengagement de l’Etat, la diminution des effectifs de police nationale et la suppression de la police de proximité, particulièrement dans notre département, aggravent encore l’insécurité. Les polices municipales ne peuvent compenser les carences de l’Etat. Elles ne doivent pas devenir une force auxiliaire de la police nationale. Elles doivent rester, en premier lieu, des polices de tranquillité qui contribuent à la qualité de vie dans la ville. La proximité, l’ancrage territorial et les liens tissés avec les populations locales sont autant d’éléments qui légitiment la spécificité des polices municipales.

Or comme le rappelle justement Tanguy le Goff (Sociologue et chargé d’études à l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile-de-France), « ce modèle d’une police de relation, d’une police proche de la population, sur lequel s’appuyait les policiers municipaux pour légitimer leur spécificité par rapport aux forces de l’Etat, se fissure ».

Notre responsabilité d’élus locaux est de marquer au contraire les différences entre police municipale et police nationale au lieu d’organiser la confusion des genres.

La police municipale est utile pour ses propres missions. Elle ne doit pas être armée. Son uniforme et ses missions doivent la distinguer clairement de la police nationale.

Elisabeth Guigou

Gilbert Roger et Nasser Ferradj

22 juin 2010

Polices municipales, drame de Villiers S/Marne: quels enseignements?

26 mai 2010

Aucun mot, aucun geste ne remplacera l’horreur pour la famille de la policière municipale de Villiers S/Marne lâchement abattue par des gangsters!

Mais au-delà de ce drame, chacune et chacun s’interroge, d’autres s’engouffrent dans ce drame pour en sortir avec des gains syndicaux professionnels ou de sécurité.

J’ai pris le temps pour réagir, car à chaud tous les mots peuvent être complexes.

Maire de Bondy, cette ville de 54 000 habitants (es) , j’ai en gestion directe une police municipale. Elle a été créée il y a bien longtemps, bien avant 1995 date de mon élection aux fonctions de maire.

Mais nous l’appelions « Garde Urbaine » et nos agents territoriaux non-armés étaient habillés dans une tenue ne permettant aucune confusion avec le corps des gendarmes – nous en avions encore- et encore moins avec les policiers d’Etat ou CRS.

C’est sous le ministre PASQUA que les premières déviances , selon moi, sont intervenues: en effet en voulant placer sous un même vocable de « POLICE MUNICIPALE » et en demandant le même type d’uniformes « Bleu Marine » et des logos reprenant plutôt de près que de loin le sigle tricolore…Tous les ingrédients pour la confusion des genres étaient présents!

A cela c’est rajoutée la folle envie de maires ou de policiers municipaux d’obtenir le port d’armes. La boucle est bouclée.

Car enfin, notre système républicain, combien de fois faudra-t-il de dire et redire, repose sur le principe régalien: l’Etat est responsable de la sécurité des biens et des personnes, de la défense nationale et de la justice.

Pour le moins, nous élus (es) locaux pouvons contribuer à la sécurité des biens et des personnes, mais sans compromis, sans confusion des genres.

Hier, nous apprenions par voie de presse, que le ministre B. Hortefeux, ayant reçu les syndicats de policiers municipaux va donc promulguer une circulaire autorisant le port deTASER.

Mais depuis quand le ministre de l’intérieur est-il l’autorité responsable des polices municipales? Confusion encore !

Le drame de Villiers, examiné de façon factuelle: une police municipale armée, des employés territoriaux qui ne sont en aucun cas formés à l’identique des fonctionnaires de la police d’Etat (ni en niveau d’accès au concours, ni dans le cursus, ni dans les règles de commandement). Un prise en chasse d’une voiture, aucun lien en canal son avec la police nationale, qui elle surveillait ces gangsters…Un policier municipal qui fait usage de son arme, des répliques avec de gros calibres…puis le drame horrible.

J’en appelle à la raison de mes collègues élus locaux.

Allons ensemble vers des polices municipales dont les missions définies permettent de faire la différence. Habillons nos fonctionnaires de couleurs différentes de la police nationale, changeons les sigles et sérigraphies sur les voitures municipales, elles ressemblent de trop aux voitures des policiers; et désarmons nos fonctionnaires pour marquer cette différence.

Ma position peut ne pas être populiste, mais si je suis un élu convaincu de notre rôle local à la sécurité, je crois intimement que nous pouvons faire oeuvre d’utilité en rendant distinct nos missions.

Dans les grandes villes, nous gérons aussi le stationnement, un corps d’agents territoriaux est né avec une différence de niveau de recrutement d’avec les policiers municipaux; désormais ils sont eux aussi vêtus comme la pm ! encore de la confusion. Je vous laisse imaginer quand des voyous tentent de cambrioler une banque au moment où le pauvre fonctionnaire dépose des pv pour mauvais stationnement, cela se produira un jour hélas.

Rien ne rendra la vie, sa bonne humeur, son sourire à cette policière municipale; mais sachons, osons en tirer les enseignements qui s’imposent sauf, sauf si le but final est de faire des maires les autorités réelles de la sécurité nationales des biens et des personnes, mais c’est un autre débat.


Gilbert ROGER