jean-pierre cebron

Lettre ouverte à Michel Colucci, dit Coluche.

26 janvier 2011

 


 

Cher Michel



Tu permets que je te tutoie ? Nous sommes tous deux des gamins des quartiers populaires et nous aurions à peu près le même âge si tu avais mis ton casque ce jour de juin 86. Comme toi je faisais le pitre à l’école mais un moindre talent et les pressions magistrales et parentales ne m’ont pas laissé poursuivre dans cette voie

En fait je pense souvent à toi, non comme le clown ou l’acteur, mais comme le créateur et inspirateur d’une des très rares institutions françaises en pleine expansion, qui ait un bel avenir devant elle et que les chinois ne nous prendront pas : j’ai nommé les Restos du cœur.

En dehors de Total et de Mac’Do, je ne vois pas beaucoup d’autres institutions dans la France de Sarkozy dont la pérennité soit aussi assurée que celle des Restos. Quand on pense qu’il devait s’agir à l’origine d’une initiative marginale et limitée dans le temps puisque la France allait, n’en doutons pas, vaincre la misère et construire une société juste, sous la houlette bienveillante de Tonton Mitterrand. On y croyait.

De 8,5 millions de repas la première année à 100 millions en 2008/2009 avec une augmentation des personnes accueillies de 12,5% en moyenne, on peut dire que les restos sont une affaire qui marche ; sur 25 ans, c’est plus que du 10 000 % d’expansion et même Bouygues, Vinci et Vivendi ne peuvent pas en dire autant malgré tout l’appui dont ils bénéficient en haut lieu.

Avec une gestion serrée mais un style de management qui ne procède pas d’HEC ou de l’ENA, avec un personnel qui ne sort pas des grandes écoles et sans DRH pour dégraisser les effectifs, les restos ont démontré un rapport coût/efficacité dont peu de capitaines d’industrie de la bande du Fouquet’s pourrait se prévaloir. Si les valeurs morales étaient cotées au CAC 40, les restos seraient les vrais rois du pétrole. D’ailleurs, prenant acte de ce succès, l’Union Européenne de Barroso et des technocrates bruxellois envisage de mettre fin à son assistance alimentaire aux restos et autres institutions similaires. Il faut comprendre cette autorité européenne : si on gaspille les ressources de l’Europe pour les pauvres, qu’est ce qu’il restera pour nos riches bien aimés ?

Quoi qu’il en soit Michel, ne te fais pas trop de bile : les restos continueront puisqu’en France les enfoirés sont au pouvoir.

Repose en paix camarade.

Liberté chérie… liberté finie !

23 février 2010

Scène 1: Bonjour monsieur, c’est la police, brigade LOPPSI 2, pourriez vous m’ouvrir votre boite aux lettres s’il vous plait ?  .. Ah, vous avez deux lettres. Qui est cette madame Mathilde Lebrun ? Votre tante de Vierzon.. bon, pas besoin d’ouvrir celle là mais ouvrez la deuxième.. Voyons.. Section socialiste de Neuilly- invitation à une réunion. Je vois que vous êtes membre d’un parti de gauche. Bien, je prends note pour mon rapport. Allez merci monsieur et bonne journée à vous.
Scène 2:  Bonjour chère voisine; c’est la Société « Flick and Trick S.A. », Sécurité et Surveillance. Nous allons ouvrir notre nouveau bureau en face de chez vous et je me félicite par avance de la cordialité de nos rapports de voisinage. Vous ne verrez pas d’inconvénient je l’espère à ce que j’installe des caméras sur le trottoir pour surveiller les abords. Oui, ces caméras enregistreront bien les entrées et sorties de votre domicile, mais la sécurité n’a pas de prix n’est-ce pas …  Comment ça, illégale cette installation? Mais non, mais non, plus du tout depuis la loi LOPPSI 2.  Quelle autorisation administrative ? mairie, préfecture ? Non, non ce n’est plus nécessaire… Ce que je ferai des enregistrements vidéo ? C’est mon affaire, cher voisin.
Scène 3: Bonjour monsieur, c’est la brigade HADOPI. Nous venons poser un petit accessoire supplémentaire sur votre ordinateur. Veuillez ouvrir votre portable et me fournir vos codes d’accès. Pas d’accord ? Comment ça, pas d’accord ? C’est la loi, maintenant. Vous préférez une garde à vue ?
Scène 4: Allo, bonsoir madame; c’est le commissariat de police. Vous avez bien une petite fille, Marianne, en CM 1 à l’école Jules Ferry ? Non, non rien de grave: juste une petite dispute avec la boulangère en face de l’école qui l’accuse d’avoir volé un Malabar… Mais non nous ne l’avons pas menottée: nous ne menottons pas les enfants de moins de dix ans. Vous pouvez venir la récupérer; la boulangère a retiré sa plainte. Votre fille ne sera pas traduite au tribunal mais seulement inscrite au fichier national des pré-délinquants. Merci de venir la reprendre le plus vite possible: elle se plaint d’avoir faim et nous n’avons pas de budget pour nourrir les personnes interpellées.
Scène 5: Bonjour monsieur; c’est le lieutenant de police Morano de la brigade anti-pédophilie; nous avons reçu une dénonciation anonyme vous concernant et nous allons perquisitionner votre domicile. Comment ça une autorisation d’un juge d’instruction ? Vous ne savez donc pas que les juges d’instruction viennent d’être supprimés. Vous dites que vous êtes un honnête et paisible citoyen: Il faudra le prouver mon bon monsieur. Allez brigadier, fouillez moi tout ça.
Scène 6: Sors ta carte d’identité, petit con. C’est ton cinquième contrôle depuis ce matin.. et alors..qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Et ne me regarde pas comme ça. Baisse les yeux sinon je t’embarque pour outrage à agent de la force publique.
NDLR: Les scènes ci-dessus (sauf la 6) sont encore fictives, mais plus pour longtemps.