Dès le dénouement du drame de Toulouse, le « président-candidat » est prestement redevenu le candidat tout court. Après que Mr Sarkozy ait pendant trois jours fait preuve d’une authentique émotion, le naturel est revenu au galop après l’élimination du tueur et notre chef de l’état compte engranger un maximum de capital politique en reprenant la main sur le terrain de la sécurité. Ah quel bonheur d’avoir une telle occasion à exploiter: encore plus belle que les échauffourées de la gare du Nord en 2007 ou l’agression de Papy Voise en 2002 ! Revoilà le Président-protecteur qui rassure les français, reprend le devant de la scène, fait oublier la crise économique et sociale, et roule ma poule, c’est gagné pour mai 2012.
Oui, mais..
Et si notre président se trompait du tout au tout sur la sécurité et les préoccupations réelles des français en la matière ? Pour 99% d’entre eux, quelle que soit leur confession ou leur statut social, l’insécurité première n’est pas le terrorisme.
Rappelons que la France n’a pas connu de mort par terrorisme depuis décembre 1996 (attentat du RER Saint Michel) et saluons au passage l’efficacité des services de renseignement intérieur et des polices anti-terroristes, ainsi que du RAID (fondé en 1985 sous François Mitterrand), du GIPN et du GIGN. Quand on laisse ces services faire tranquillement leur métier au lieu de leur faire espionner des journalistes, ces policiers sont parmi les meilleurs du monde. Ces mêmes policiers auraient d’ailleurs traité l’affaire de Toulouse avec la même efficacité quel que soit le chef de l’état.
Je ne connais personne dans mon quartier, dans ma famille, dans mon entourage qui tremble nuit et jour à l’idée d’une bombe islamiste. Dans mon quartier, dans mon entourage, ce qu’on craint réellement, c’est:
- Le voleur à l’arraché qui saisit le sac à main d’une personne âgée,
- L’escroc qui détourne le code de votre carte de crédit et assèche votre compte,
- La voiture bélier qui défonce le mur de la banque ou les braqueurs qui tirent sur tout ce qui bouge,
- Le déséquilibré ou les ados inconscients qui mettent le feu dans la cage d’escalier ,
- Les petits voyous qui vendent du cannabis ou du crack dans leur escalier et intimident les résidents de la cité,
- Les voleurs à la roulotte qui cassent la vitre de voiture pour prendre le GPS,
- Les pickpockets du métro ou de la voie publique
Et dans la deuxième division de la voyoucratie: les vandales d’abribus, les tagueurs, les renverseurs de poubelles, les pollueurs de voie publique, les allumés de l’autoradio, les motards en rodéo et tous ces minables qui se croient beaux lorsqu’ils empoisonnent leurs contemporains et dégradent leur propre milieu de vie.
Ce banditisme du quotidien ne peut pas être traité par le RAID ou la BAC mais par des flics de terrain travaillant au contact des populations. Ce sont ces flics de terrain que Sarkozy a rayé d’un trait de plume en 2007 et qu’il n’a pas l’intention de rétablir car ce sont des fonctionnaires et les fonctionnaires c’est mal et il faut les réduire. Au fait, quels sont les effectifs du commissariat de Neuilly sur Seine comparés à ceux du commissariat de Bondy, pour une population à peu près équivalente ?
Par Daniel Goldberg, député de Seine-Saint-Denis, auteur de « Ici, le futur a commencé » (Ed Tallandier – 2012), et Stéphane Troussel, 1er vice-président du Conseil général de Seine-Saint-Denis et conseiller municipal de La Courneuve![6a00d834519b2069e200e554e60f358833-150wi[1]](http://ps-bondy.org/wp-content/uploads/2010/08/6a00d834519b2069e200e554e60f358833-150wi11-150x150.jpg)
