Plus de 400 000 gens du voyage sont recensés en France selon un rapport de 1990 : 95 % d’entre eux
sont des Français et un tiers des nomades. Les Roms, qui sont des Tziganes de nationalité roumaine, bulgare et d’Europe centrale, forment une minorité, 20 000 âmes tout au plus. Une minorité qui vit le plus souvent des situations d’une extrême précarité matérielle et professionnelle. A Bondy, en juin 2009, sur les quais du canal de l’Ourcq, une communauté s’était installée dans des conditions déplorables (absence d’eau potable, abris en cartons de récupération, aucune évacuation des détritus). A cela s’ajoutaient les passants qui les dévisageaient avec mépris, les riverains qui voulaient les voir partir au plus vite par peur de la mendicité et du vol. Inutile de vous dire que leur expulsion par les forces de l’ordre s’était faite manu militari…
Pourtant, ces gens extrêmement pauvres n’ont strictement rien à voir avec les responsables des exactions de Saint-Aignan. Ces gens ne possèdent pas de grosses voitures allemandes et sont bien en peine de frauder le fisc puisqu’ils sont dans une situation de total dénuement. Mais voilà, dans son cynisme politicien si caractéristique, Sarkozy, accompagné de ses affidés Hortefeux, Besson et Lellouche a tout de suite vu l’aubaine électoraliste et populiste. Les « honnêtes gens » ont toujours peur des voleurs de poule tziganes, c’est tout bon pour rameuter l’opinion publique droitiste, frontiste et réac’. On serre les rangs bien à droite et on jette un énième écran de fumé sur le mode de ce que l’on a connu avec l’identité nationale, les petites phrases scandaleuses de plusieurs membres du gouvernement et la burqa.
Qu’importe. La Mère Michu votera en 2012 pour bouter hors de France ceux qui volent le pain des bons français. Et qu’importe que Sarkozy serve cette soupe immonde depuis 2002 sans effet positif notable sur la tranquillité publique, il s’agira de siphonner encore les voix du FN. Madame Michu vous dira d’ailleurs que « lui au moins il essaie de faire quelque chose mon bon monsieur, c’est pas comme ces gauchistes pédés, bobos, black et beurs. »
Et en 2007, Sarkozy avait su séduire le monde ouvrier avec son « travailler plus pour gagner plus ». En 2012, il ne pourra pas servir de nouveau cette fable. Mais, il pourra leur expliquer qu’il est le dernier rampart contre ces tziganes en Mercedes, eux qui ont des fins de mois difficiles. L’autre, celui qui est différent, c’est le danger, l’ennemi. Un tel cynisme abject, en temps de crise, ça peut être une « bonne » planche de salut électoral. Qu’importe que les gens du voyage qui ont des voitures allemandes et des caravanes soient français, paient des impôts et ont des activités professionnelles déclarées. L’amalgame aura été fait. Au fait, tracter une caravane avec une Twingo, vous avez essayé ?
Toutefois, il ne faut pas nier certaines difficultés. Les familles de gens de voyage s’installent parfois où elles peuvent, sur des terrains sauvages, un triangle d’autoroute ou un stade de foot. Ou alors elles restent sur l’aire d’accueil pour ne pas se faire piquer la place, comme il manque des places ailleurs. Les maires ensuite ne comprennent pas : gens du voyage ou sédentaires ? Ces populations veulent rester mobiles pour des raisons culturelles et économiques. Il faudrait alors mieux appliquer la loi Besson de 1990 (du nom de Louis Besson, le ministre du logement de l’époque) sur les aires d’accueil. Or, par rapport aux objectifs du législateur, on est à 40% de réalisation au bout de 20 ans…