J’ai voulu laisser du temps au temps avant de donner mon point de vue sur la police municipale. 
Aurélie Fouquet, 26 ans, est décédée après une fusillade meurtrière jeudi 20 mai 2010 à Villiers-sur-Marne. Cette jeune policière municipale, qui pensait avoir affaire à un banal contrôle routier et n’avait pu être informée par la police nationale, était armée d’un revolver de calibre 38. Elle a tenté de répliquer aux rafales d’armes automatiques des gangsters avant d’être mortellement touchée à la tête.
A Noisy-le-Sec, la municipalité a manifesté son émotion et rendu hommage à Aurélie Fouquet, lâchement assassinée dans l’exercice de ses fonctions. Rien, bien sûr, ne pourra adoucir la douleur de ses proches, rien ne pourra rendre sa maman à son enfant de 14 mois. La municipalité a aussi exprimé sa solidarité avec l’ensemble des agents de police municipale durement affectés par la mort de leur collègue.
En ces moments difficiles, il faut se garder d’exploiter les émotions. Un débat de fond est légitime et nécessaire sur les missions des agents des polices municipales. Mais certains ont instrumentalisé ce drame : le Ministre de l’Intérieur a publié immédiatement un décret autorisant l’usage des pistolets à impulsions électriques, les Taser, par les policiers municipaux. Une décision que je réprouve. Lors de la fusillade survenue à Villiers-sur-Marne, les policiers municipaux étaient armés. Armée d’un Taser, la jeune policière aurait-elle pu répliquer face à un gangster équipé d’une kalachnikov ? Richard Duhaut, un des représentants du Syndicat national des policiers municipaux a apporté la réponse : « cette arme n’aurait pas sauvé Aurélie Fouquet lors de la fusillade »… Bien que les policiers municipaux n’aient reçu ni la même formation ni les mêmes moyens que les fonctionnaires de la police nationale, ils sont tout de même intervenus comme la police nationale. Tous les ingrédients étaient réunis pour que survienne un drame.
La confusion des genres entre police nationale et police municipale ne peut que favoriser à la réplique de tels drames.
Il faut donc absolument clarifier les missions de la police municipale.
Il appartient à l’Etat d’assurer la sécurité des personnes et des biens. Or le désengagement de l’Etat, la diminution des effectifs de police nationale et la suppression de la police de proximité, particulièrement dans notre département, aggravent encore l’insécurité. Les polices municipales ne peuvent compenser les carences de l’Etat. Elles ne doivent pas devenir une force auxiliaire de la police nationale. Elles doivent rester, en premier lieu, des polices de tranquillité qui contribuent à la qualité de vie dans la ville. La proximité, l’ancrage territorial et les liens tissés avec les populations locales sont autant d’éléments qui légitiment la spécificité des polices municipales.
Or comme le rappelle justement Tanguy le Goff (Sociologue et chargé d’études à l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile-de-France), « ce modèle d’une police de relation, d’une police proche de la population, sur lequel s’appuyait les policiers municipaux pour légitimer leur spécificité par rapport aux forces de l’Etat, se fissure ».
Notre responsabilité d’élus locaux est de marquer au contraire les différences entre police municipale et police nationale au lieu d’organiser la confusion des genres.
La police municipale est utile pour ses propres missions. Elle ne doit pas être armée. Son uniforme et ses missions doivent la distinguer clairement de la police nationale.
Elisabeth Guigou